LE PIN MARITIME EST GORGÉ D'ESSENCE DE TÉRÉBENTHINE


 

L'arbre d'or

 

D'hier à demain - 16.03.1955 - 21:46 - vidéo

Documentaire retraçant les différentes étapes de l'aménagement des Landes depuis des années. Commentaire sur des images de forêts, d'incendies, de villages landais, de scènes pastorales, de gemmage.

 

Déjà en 1955, les dangers de la monoculture du pin sont posés.

 

https://www.ina.fr/ina-eclaire-actu/video/cpf86606944/l-arbre-d-or

 


allume feux
Le pin maritime est un combustible

Mégafeux, la forêt des Landes pour comprendre

Des scientifiques plongent dans les lacs des Landes pour retracer l’histoire des incendies et des écosystèmes. Objectif : comprendre les interactions entre végétation et feu à travers les millénaires, pour mieux gérer les risques et protéger les forêts dans un climat en mutation.

Adam Ali, de l'Institut des sciences de l’évolution de Montpellier (ISEM - Université de Montpellier / CNRS / IRD / EPHE / Cirad / Inrap)

 

Damien Rius (CNRS), du laboratoire Chrono-environnement (CNRS / Université Marie et Louis Pasteur), Besançon

 

Florence Mazier (CNRS) et Maëlis Olivier, du laboratoire Géographie de l’Environnement (GEODE - CNRS / Université de Toulouse Jean Jaurès)


Journal Le Gaulois du dimanche, 2 mai 1908. Article de F. Gregh sur la forêt de Fontainebleau.

M. FERNAND GREGH

—- Un certain nombre de « cantons » de la Forêt portent ce

nom, que je trouve affreux : Partie artistique, mais qui dit naïve

ment et nettement ce qu’il veut dire. Il serait à désirer qu’on ne

fît jamais de coupes dans ces cantons. En outre, depuis Louis-

Philippe, on a semé beaucoup de pins dans la forêt ; il n’y en

avait pas avant le roi-citoyen; le pin est à Fontainebleau d’ap-

port humain.

C’est un bel arbre, un pin, et qui fait l’un des bruits les plus émouvants de la forêt, à la moindre brise qui rebrousse ses aiguilles ;

mais il a le très grand tort de brûler comme une allumette géante ; planter des pins en trop grand nombre, c'est multiplier les foyers d’incendie.

A chaque été, d’ailleurs, un canton brûle.

Si l’incendie ne dévorait que des pins, ce ne serait que demi-mal ; ils repoussent si vite ! Mais, dès que le feu « saute » un sentier — et il faut avoir vu déferler la grande flamme rouge, comme une vague ardente, pour savoir combien c’est vite fait — les plus nobles futaies de vieux chênes, ormes, charmes, etc., sont en danger, et une vraie catastrophe peut se produire.

Il faudrait donc restreindre les semis de pins et même ceux que l'administration a laissés croître et qu’elle exploite pour faire des poteaux télégraphiques, ne pas les remplacer par d’autres ;

laisser par endroits des landes qui dégagent les horizons et dont la mélancolie est magnifique, sous un.ciel gris ou par un beau jour. Une forêt contient des espaces découverts à côté des futaies et des taillis.

Voilà, bien hâtivement énoncés, les principaux desiderata de

quelques amis de la Foret. Il y aurait encore bien d’autres choses

à dire, notamment sur les marques bleues et rouges qu’on a pro

diguées même le long des rochers les plus sauvages en apparence

et qui, tout à coup, rappellent désagréablement la civilisation et

la bureaucratie; mais à chaque année suffit sa peine. Tout cela

se résume, d’ailleurs, en quelques mots : il ne faut pas transfor

mer la Forêt en un parc, si vaste et si beau qu’il soit.

Fernand GREGH. source Gallica BNF


source Gallica BNF
source Gallica BNF

La revue Après-Demain de la Fondation Seligmann publie un dossier Forêt Climat Sociétés.

« Le massif landais est un nid à incendies »

 

Entretien avec Jacques Pons, Membre du Collectif Forêt Vivante Sud-Gironde, Propos recueillis par Alphée Roche-Noël


La culture sociale du Pin Allume-Feu

Le pin maritime est un des résineux les plus riches en matières résineuses, contenant de la résine, de la colophane, de l’essence de térébenthine et du goudron.

Toutes ces matières résineuses sont présentes de l’extrémité de ses racines jusqu’au bout de ses aiguilles en passant par ses pignes (ou cônes) et son pollen.

Toutes ses matières résineuses sont situées juste sous l'écorce au niveau du liber (ou écorce interne).

Toutes ses matières résineuses sont hautement inflammables.

Le pin maritime est un allume-feu des pieds à la tête.

Le pin maritime est un arbre torche. Il en est de même pour son cousin venu des États-Unis, le pin taeda, dont le sens est celui de « torche » en latin.

 

Au moins dès l'antiquité, les sociétés humaines ont utilisé le pin pour :

  • ses qualités résineuses : utilisé comme bois d’œuvre dans la construction des habitations et des navires (tels que la pinasse), les produits résineux servent a calfater les navires, protéger les voiles et les cordages ;
  • ses qualités calorifiques bien supérieures au chêne : utilisé comme bois de chauffe dans la vie quotidienne et la cuisine, comme dans la fabrication du pain
  • sa souplesse et flexibilité avec sa richesse en goudron : ses racines et aiguilles sont utilisées en vannerie, dans la confection de paniers ;
  • les qualités tanniques de son écorce : son tan (ou poudre de son écorce) sert a imprégner les filets de pêche pour les protéger ;
  • ses qualités médicinales avec des boissons à base de goudron de pin ; 
  • ses qualités inflammables : ses branches sont utilisées dans la fabrication de torches ; ses produits résineux dans la fabrication de bougies et de lampes à huile ; ses fragments, comme ses pignes et ses aiguilles dans la fabrication d’allume-feux, comme dans le cas des éclades de moules ;
  • ses qualités carboniques : dans l’industrie du XIXe siècle, c’est le charbon de bois de pin que l’on utilise dans les forges de Gascogne, Pontenx-les-Forges, Bernos-Beaulac, Préchac, Saint-Michel-de-Castelnau ; de 1934 a 1945, le charbon de bois de pin est aussi utilisé dans fabrication de gazogènes ou carburants gazeux pour les véhicules ;

 Lui ont donné une place symbolique dans leurs cultures :

  • le cône de pin apparaît dans de nombreuses œuvres d'art, en peinture comme en sculpture ;
  • les branches de pin décoraient la porte d'entrée de la maison du défunt dans l’antiquité ;
  • les boulettes de pollen de pins embrasées pour éclairer les scènes de théâtre ;

Et en ont fait une arme dans leurs exactions et actes guerriers :

  • les feux grégeois, à base de résine et térébenthine qui restent enflammés sur l'eau ;
  • les chrétiens badigeonnés avec de la résine pour éclairer les rues de Rome sous Néron ;
  • dans l'antiquité grecque, les bûchers sacrificiels étaient alimenté avec du frêne, de l’if et du pin et le flambeau nuptial consistait en javelles de pin allumées ;
  • les protestants enduisaient de résine les portes des églises pour les incendier ;
  • au XVIe siècle, on pratique la pêche au feu : de nuit, des foyers sont allumés sur les bateaux de pêche pour attirer les brochets, loups et anguilles ; ce sont les branches et attelles de pin qui sont brûlées car leurs flammes sont intenses et lumineuses ;

Les dérapages du pin allume-feu commencent dès le XIXe siècle :

  • A partir de 1850, la colonisation foncière et industrielle avec les plantations de pins maritimes intensifie la vente des produits résineux et des allume-feux. La société Les Allumettes Landaises dont le siège est à Paris commercialise dans toute la France des allumes-feu à base de résine et de pignes de pin ; par des encarts publicitaires elle vante ces produits dans les journaux nationaux ;
  • des fours à goudron (goudronneuse) alimentés par des racines et souches de pin, parties les plus riches en matières résineuses, explosent à cause de dégagements d'essence de térébenthine mal gérés ;
  • des usines de distillation de résine prennent feu et sont entièrement détruites, comme cela a été le cas à Saint-Symphorien, Mios, et dans le quartier de Sainte-Croix et Bacalan à Bordeaux, ou le Conseil Départemental finit par y interdire les usines de résine ;

 

 

147 - 1869

 

ALLUMETTES LANDAISES

 

Nous lisons dans le journal La Houille

 

« La société. qui s'est fondée pour l'exploitation des nouveaux allume-feux, dits Allumettes landaises, dont le siège est 36, rue de Saint-Pétersbourg, ayant exprimé le désir (d'en faire un essai dans les bureaux de La Houille, 10, Chaussée-d'Antin, en présence de plusieurs marchands de charbon, nous y avons consenti. — Trois allumettes de moyenne grandeur, formant ensemble à peine lu volume d'une seule pomme de pin, ont déterminé en quelques minutes, sans le secours d'autres combustibles, l'embrasement d'une grille pleine de gros charbon. Ce résultat nous a démontré l’efficacité et l'économie de ces Allumettes Landaises, grâce auxquelles on peut se dispenser d'une foule d'accessoires encombrants.

 » Mais, selon nous, la Société des Allumettes Landaises se  trompe, quand elle attribue à cette économie même l'hésitation qu'elle paraît avoir rencontré dans le principe auprès de la plupart des marchands de charbons et de bois. Il est évident, au contraire, que cette invention doit, être aussi bien accueillie par le marchand (que par le consommateur; car si d'un côté elle produit une économie de menus combustibles, de l'autre elle tend à généraliser, en le facilitant, l'usage du charbon pour foyer domestique. Aussi le recommandons nous vivement il nos lecteurs. — La Société fait, du reste gratis, à domicile, sur une simple demande, toutes les expériences désirées.»


Ouvrage de José Cubéro, paru en 2019, éditeur CAIRN à Pau.

La page de couverture est un cliché de l'incendie de 1949.

Elle montre la combustion de la résine (gemme) et de l'essence de térébenthine tout le long du tronc d'un pin maritime.

Cela ne peut pas se produire sur un tronc de feuillus de nos contrées.

Cette photo est sans appel sur le danger permanent de la très haute inflammabilité du pin maritime.

 


La transpiration du feu.

Gouttelettes et suintements

de résine inflammable.