la Lande des moutons

1953

C. Bouchet 114

Déjà les incendies se multiplient; on les impute au chemin defel, et aux bergers. (En 1877, 75 ha. de pignadas, en 1884, 1.200 ha., en 1872 encore.) On crée un réseau de pare-feu et de fossés. Le parcours s'étend sur une bande de 1.500 mètres de large. C'est un grand pare-feu que incinère périodiquement et qui est maintenu propre d'une manière permanente par les moutons.

1818

St Amans 274

Bientôt, cependant, nous rentrons dans ces landes, ces immenses landes , ces landes à perte de vue, où rien ne repose les yeux, si ce n'est la bruyère y où rien ne les fixe au loin, si ce ne sont quelques troupeaux décharnés, conduits par des bergers à demi sauvages. Affublés de peaux d'agneaux, la laine en dehors, coiffés d'un berret brun, ces bergers portent le manteau des moines de la Thébaïde ou de la Haute-Egypte et la toque des anciens Grecs. Le manteau , car c'est absolument le même, reçut d'abord le nom de parce qu'il fut fabriqué avec la dépouille; du blaireau. On en fit aussi de peau de bouc (ils devaient être parfumés), de peau de chèvre et de brebis, auxquels on conserva, même en français, le nom de mélote.

1925

H. Cavaillès 346

le libre parcours est adversaire des clôtures. Mais il aurait pu ajouter que opposition des propriétaires de cultures et des laboureurs avait été longtemps aussi vive Le mémoire du baron Haussez en donne très clairement la raison cultivant un sol très pauvre ignorant la pratique des assolements et les services que rendent les prairies artificielles il ne cultive un peu de trèfle rouge) le paysan landais ne sait amender ses terres avec le fumier de ses moutons 11 maintient donc lui aussi le libre parcours sur les parties inoccupées afin élever le bétail producteur de fumier on regarde comme indispensable la réserve une portion de terres incultes double et souvent quadruple de celles qui sont cultivées. Ces terres sont exclusivement destinées fournir un parcours aux troupeaux est la lande qui nourrit la culture. Cette détestable pratique était pas spéciale au pays mais elle était appliquée avec une persistante obstination Ainsi le laboureur se faisait auxiliaire du berger pour limiter de nouvelles appropriations et pour maintenir indivision de la lande Et est cette double opposition tout autant que insuffisance des conditions naturelles de drainage du sol qui maintenait immense désert des landes 

gasconnes 

1947

L. Papy 227

Les communautés de la Lande sont des sociétés très hiérarchisées. A côté des vieilles familles nobles en déclin, on a vu monter peu à peu une bourgeoisie rurale issue de la paysannerie : le nom de « bourgeois » désigne des possesseurs de bien-fonds étendus, faisant travailler leurs terres par des métayers. Originaires de la Lande, continuant d'y résider, ils sont marchands ou avocats, notaires, médecins, géomètres du cadastre, maîtres de poste. Ils sont propriétaires de métairies, de pins, d'ateliers de résine, de forges. Ce sont eux qui possèdent presque tous les troupeaux de moutons, qu'ils font garder par des bergers ; rares sont les pâtres qui surveillent des bêtes leur appartenant. 

 

Ces notables de village sont une classe privilégiée. Propriétaires de troupeaux, ils obtiennent sans peine de la paroisse l'autorisation de construire des parcs dans la lande. Beaucoup, durant tout le XVIIIe siècle, profitent du droit de « perprise » par lequel tout propriétaire peut, moyennant une faible redevance, mettre en culture ou boiser et annexer à son domaine des morceaux de lande : « funeste habitude », disent maints cahiers de doléances de 1789, mais à laquelle la Révolution ne met pas un terme : maîtres des conseils municipaux, les notables font légaliser leurs « usurpations » et obtiennent, à faible prix, des concessions nouvelles. 

 

les quelques Béarnais venus s'égarer jusque-là reviennent dans leurs vallées de montagne. Chaque berger a la garde d'un troupeau de cent à cent cinquante moutons; il dispose, en général, de deux parcs de haute lande. Le parc, appelé parfois « couyala », d'un nom apporté sans doute par les bergers béarnais, est bâti en planches et coiffé de chaume, de bruyère ou de tuile; devant la porte, ouverte à l'Est ou au Midi, s'accumule la litière. A quelque distance est l' « houstalet », ou « cluquet », l'abri du berger, fait de torchis et de planches, et dont la cheminée est en briques. Les parcs sont disséminés dans la lande, car le pâturage étant maigre, il importe que les troupeaux ne se mêlent pas. Le bétail rentre au parc au moment de la grande chaleur de midi et à la 

nuit. 

 

Alors que dans Iles « petites landes », le berger membre d'une famille paysanne reste attaché à une métairie et participe au travail de la terre, le pâtre de la Grande Lande, lui, est spécialisé dans l'élevage des moutons : un propriétaire l'a engagé pour un an. Il a la charge de faire paître et de soigner un troupeau; sa rétribution comportera quelque argent, quelques boisseaux de seigle et de millet, quelques cents de sardanes, du sel, une toison. Dans la lande, l'été, le pâtre mène une vie frugale : pain de seigle, bouillie de millet préparée à l'eau dans un chaudron, des sardines de Galice, parfois du jambon; rarement une palombe prise au collet, un canard ou une bécasse du marais capturée à un piège, améliore son ordinaire. Il passe la nuit dans le cluquet où il peut faire cuire ses aliments. 

 

Cet élevage extensif et transhumant se trouve étroitement associé à une agriculture d'un type particulier. Le troupeau des ovins de l'ancienne Lande fournit, certes, autre chose que de la fumure. La viande est consommée sur place et l'on vend quelques jeunes agneaux aux villes proches, à Bordeaux surtout; mais l'élevage du mouton pour la boucherie, pratiqué dans les landes du Médoc grâce au voisinage de prés salés, est exceptionnel. 

La laine du mouton, tondue en juin ou en juillet, est vendue aux marchands qui la font laver : c'est de la laine commune servant à fabriquer de grosses étoffes pour les paysans et des couvertures de lit grossières. Les moutons ne sont pas de belles bêtes; ils vivent mal, sont atteints de gale, de cachexie, de clavelée. On ne parvient pas à améliorer la race; le mérinos ne réussit pas; en Médoc seulement, les croisements avec des races anglaises ou poitevines ont fourni une laine de qualité. On peut dire que la principale fonction du mouton landais est de rendre possible une agriculture de bon rapport sur un sol maigre. 

 

Dans les parcs, bruyères, ajoncs et fougères sont entassés jusqu'à une grande hauteur au fur et à mesure que les moutons, ramenés deux fois par jour au parc, les foulent et les imprègnent de leurs déjections. Devant les parcs, le fumier extrait est mis en tas; laissé trop longtemps en plein air, il y subit les atteintes fâcheuses du soleil et de la pluie. Malgré ces mauvaises pratiques que condamnent les agronomes du XIXe siècle, la litière ainsi produite a une grande valeur : c'est un fumier chaud et de qualité, auquel le sol pauvre de la lande sert de support siliceux, et qui, comportant des éléments à demi pourris et très ligneux, contribue à diviser les sols trop compacts et à les aérer. Les propriétaires possesseurs de beaucoup de moutons, vendent à haut prix de la litière à ceux qui en manquent pour leurs terres : les communes 

de la région de Labouheyre, pour bénéficier du fumier que laissait le bétail de la montagne, accordaient volontiers aux moutons béarnais l'hospitalité de leurs parcs et, à leurs bergers, le réconfort d'une soupe chaude. 

 

Un troupeau de 150 têtes donne 40 à 50 charrettes de fumier par an. Ainsi, quelques hectares sont mis en culture au moyen d'un terrain 10, 20, 30 fois plus étendu. « Pour la culture de 20 journaux de terrains, qui peuvent être aisément exploités par trois hommes, deux femmes et une petite paire de bœufs, ce qui formera une métairie, il faudra, dit Brémontier, en 1778, au moins 250 moutons ou brebis pour environ 300 journaux de landes ». Féret écrit, cent ans plus tard! : « Pour cultiver un hectare de terre, il faudra le fumier d'un troupeau de moutons ayant à sa disposition 30 à 40 hectares de landes pacages ». Il y a cent ans, la densité du bétail était d'environ un ovin par hectare. 

 

On plante des arbres sur les anciennes terres de culture; on fait de moins en moins de millet et de seigle, on abandonne peu à peu le travail des champs ou la garde du bétail pour la récolte de la résine et la coupe du bois. La première guerre mondiale porte un rude coup à l'élevage landais; on ne trouvera plus, après 1918, que des vieux pour mener dans la lande ou la forêt la vie solitaire des bergers. Lencouacq, dont le troupeau d'ovins dépassait, en 1822, 9.200 têtes, voyait ce chiffre tomber à 2.800 en 1913, à 1.350 en 1919. 

 

La Grande Lande est incendiée sur d'immenses espaces, et la disparition du mouton, mangeur de pousses d'ajoncs et de bruyères, a favorisé la propagation du feu. 

 

Tout cela, dans un pays qui ne sera plus voué à la dangereuse monoculture du pin, mais où massifs de résineux et de feuillus dessineront une marqueterie d'un style nouveau. 

Les bergeries : Parcs à moutons dénommés Couyala en Gascon

La laine des moutons

De la litière pour les Parcs et du fumier pour les champs.